Pierre de Mecquenem, La Machine

Avec ses installations de flammes, Pierre de Mecquenem scénographie la nuit et poétise l’espace public.
 
Vous aviez cru voir un parking ? Il en a fait un écrin de lumière vacillante qu’il invite d’autres artistes à venir habiter. Vous pensiez traverser une place sans âme ? Et pourtant les habitants du quartier s’y attardent, rassemblés autour d’un brasero d’où s’échappe une volute d’étincelles. Des platanes centenaires sont devenus des candélabres. Les toits alentours rugissent de la respiration de grandes torches.
 
L’artiste pose son regard sur les sites qu’il choisit, rencontre les gens qui les habitent d’ordinaire, et laisse le tout s’emparer de son imaginaire. Son sens de la dramaturgie et sa préférence pour les matériaux « pauvres » font le reste : des cabanes en structures d’échafaudage sortent de terre, des murs d’immeubles se couvrent de bougies, des montgolfières de papier s’élèvent dans les airs. De courts moments pyrotechniques, des performances musicales, des danses, de la poésie, s’introduisent dans l’image et la font vivre.
 
Le temps de la traversée, le public aussi devient personnage : le feu dessine les silhouettes qui s’attardent dans la contemplation des brasiers, la foule guette les gerbes d’artifice le nez en l’air, des groupes de volontaires aident à allumer les lanternes, les voisins s’assurent que leur façade s’éclaire au bon moment. Les yeux brillent.
 
Regard attentif et alchimie patiente… Pierre de Mecquenem fait partie de cette nouvelle génération d’arpenteurs de l’espace public qui créent avec la ville et pas seulement pour elle.  
 
Catherine Blondeau